Un nouveau danger pour le Net est né : le "virus-pourriel", capable de faire de votre ordinateur un centre de spamming et de vous, un délinquant au regard de la loi étasunienne.
"Enfin ! Enfin", se réjouit le Christian Science Monitor : "Aujourd'hui, 2 janvier 2004, est le premier jour sans spam de votre vie. Peut-être..." En effet, la loi contre le spam, ou pourriel, c'est-à-dire tous ces messages indésirables qui saturent et pourrissent votre boîte mail, "la loi signée par le président Bush voici peu de temps entre enfin en application", précise le quotidien de Boston.
Bien sûr, note le journal, ce texte ne fait pas l'unanimité : "Il y a ceux qui le trouvent trop laxiste, et qui affirment qu'en fait il n'interdit pas le spam de manière définitive. Et puis il y a ceux qui le critiquent en rappelant que les gens qui envoient des spams à tire-larigot sont peu soucieux de respecter la loi." D'ailleurs, un spécialiste confie au Monitor qu'"une loi seule ne peut pas régler la question du spam. D'abord, il est très difficile d'arrêter un spammeur, et ensuite il est encore plus difficile de monter un dossier suffisant pour parvenir à le faire condamner !"
D'autant, semble reprendre Québec Science, que vous êtes peut-être un spammeur, tranquillement installé devant votre écran. "Et cela 'à l'insu de votre plein gré'." Le mensuel scientifique s'intéresse à "un nouveau et terrible mutant, né de l'union du virus et du pourriel, le 'virus-pourriel'". Et c'est ce monstre informatique qui "peut-être en ce moment même est capable d'utiliser votre ordinateur pour commettre ses méfaits".
"Vous êtes un spammeur"
Québec Science détaille comment se perpètre le forfait. "Un virus contamine votre ordinateur. Dès qu'il en a la possibilité, il se branche sur le Net et télécharge un cheval de Troie, c'est-à-dire un petit logiciel qui ouvre une porte secrète (ou backdoor) permettant d'accéder à votre ordinateur et de le contrôler à distance. Dès lors, le créateur du virus est maître de votre machine. Le cheval de Troie élimine toute trace du virus initial, puis télécharge et installe un autre programme appelé Wingate. Il s'agit d'un logiciel commercial parfaitement en règle servant à transformer votre ordinateur en 'serveur proxy'. Comme le logiciel Wingate n'est pas considéré comme un virus par les logiciels antivirus, votre micro-ordinateur est libre d'expédier tranquillement des pourriels infectés à tous les heureux élus de votre carnet d'adresses. Pour le spammeur, c'est tout bénéfice : il accroît son volume de pourriels tandis que l'expédition se fait toute seule et gratuitement par l'intermédiaire de son réseau de machines infectées. Vous avez sous vos yeux une toute nouvelle forme de 'marketing viral'..." Sans compter que, au regard de la loi étasunienne, vous êtes désormais en infraction, considéré comme un spammeur !
Et si c'était tout... Mais non, votre ordinateur pourrait bientôt héberger le site web d'un spammeur, poursuit le mensuel. "Avec, planant au-dessus de leur tête, le risque de se faire épingler par la justice, les spammeurs sont généralement peu enclins à ouvrir un site web officiel. Mais ils ont une solution : les pourriels envoyés par votre ordinateur pourraient contenir une adresse Internet pointant vers... celui-ci, qui pourrait alors, grâce au logiciel Wingate et à quelques autres ajouts, faire office de mini-serveur web."
Aucun remède universel
"Le phénomène du virus-pourriel a fait son apparition au cours de l'année 2002", explique Québec Science : "Selon MessageLabs, société spécialisée dans le filtrage du courrier électronique, entre 60 % et 70 % des pourriels sont envoyés par des serveurs proxy. Les trois quarts de ces serveurs ont été infectés par des virus qui permettent de les contrôler à distance et près de 40 % du lot, estime-t-on, seraient des ordinateurs personnels. Le phénomène profite, évidemment, de la croissance du nombre de connexions Internet haute vitesse - via l'ADSL ou le câble - dans les foyers. Compte tenu de l'imprudence et de la naïveté dont font encore preuve nombre d'internautes, il ne peut que s'amplifier dans les mois et les années à venir."
Pour combattre la nouvelle menace, il n'existe aucun remède universel. On peut tout juste lutter, avec un minimum de prudence, en n'ouvrant jamais un fichier joint inconnu, par exemple, ou en mettant son système et ses applications à jour. Autre conseil, ne pas divulguer son mail à tout-va, dans un forum de discussion ou sur votre site web. "Si nécessaire, utilisez une adresse temporaire, que vous détruirez par la suite", conseille Québec Science. Et enfin, précise le mensuel, "ne répondez jamais à un spammeur, surtout pas pour demander d'être retiré de sa liste d'envoi. Vous confirmerez ainsi que votre adresse est valide... et accroîtrez la quantité de pourriels à venir."